Le secret des plaques anglaises

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Cela fait partie de ces questions stupides qui apparaissent au milieu de la nuit et vous empêchent de dormir. Hier, je me suis tout d’un coup demandé si les plaques anglaises avaient un sens caché, malgré l’aspect aléatoire des caractères.

Les premières immatriculations, pourquoi faire simple…

… quand on peut faire compliqué. Les premières plaques sont visuellement simples, une ou deux lettres, suivies d’une combinaison de chiffres allant de 1 à 9999.

Cependant, il ne s’agit pas, comme en France par exemple, d’un système qui s’incrémente à chaque fois qu’on atteint 9999. A l’origine, les lettres ont été attribuées en fonction de la densité de population du comté concerné. Ainsi Londres obtient la lettre A, le Lancashire B, etc, jusque FP pour le Rutland.

Pour rendre les choses encore un peu plus tordues. Une fois qu’une région dépasse les 9999 immatriculations, elle se voit attribuer une autre paire de lettres, sur la base du premier arrivé, premier servi…

Cette Morgan a été immatriculée dans le Worcestershire (UY) dans les années 30

Le second registre, pour avoir plus de plaques

En 1932, la quantité de combinaisons disponibles atteint ses limites, et un nouveau système doit être mis en place. Les nouvelles plaques anglaises sont donc modifiées de la manière suivante. L’indicatif de région est conservé, mais il est précédé d’une lettre supplémentaire, et la combinaison numérique est maintenant limitée à 999. La première voiture immatriculée sous se format sera dans le Staffordshire, ARF 1 (A, extension de la série, RF, indicatif du Staffordshire, et 1, première voiture immatriculée)

Dès les années 1950, les régions les plus peuplées arrivent à court de combinaisons. Pour continuer à immatriculer des véhicules neufs, décision est prise d’inverser lettres et chiffres. Bordélique, s’il en est, non ?

Cette Bristol 400 a été immatriculée du côté de Grimsby (EE)

Les plaques anglaises de notre enfance, enfin décryptées, et c’est festival !

Une fois encore, le système prévu arrive à saturation. C’est ainsi qu’en août 1962 apparaît un “nouveau” format. On reprend le précédent, et on ajoute après la série de chiffres une lettre, représentant l’année d’immatriculation du véhicule.

La première utilisation du format aura lieu en février 1963, dans le Middlesex, avec l’immatriculation AHX 1A. Allez, on le décortique aussi, accrochez-vous ! A, extension de série, HX, Middlesex, 1, premier véhicule immatriculé, A, première année (en l’occurrence 1963). Le format sera peu à peu déployé à travers la Grande-Bretagne, avant de devenir obligatoire en 1965.

Mais ! C’était presque trop simple. Avec le changement de lettre au premier janvier, les vendeurs voient leurs ventes s’effondrer en fin d’année. Lobbying il y eut, et la date de changement a été décalée du premier janvier au premier août. Du coup, les voitures possédant une voiture de l’année E n’ont été immatriculées que sur 6 mois (en 1967, vous me suivez toujours ?)

Détail anecdotique, c’est pendant cette période que la couleur des plaques anglaises change. En effet, c’est en 1969 qu’apparaissent les plaques réfléchissantes (blanche à l’avant, jaune à l’arrière), en remplacement des plaques noires à écriture couleur alu.

Cette Triumph Spitfire a été immatriculée dans le Worcestershire (UY) entre le premier août 1980 et le 31 juillet 1981

Trop d’infos d’un coup ? Attendez, c’est pas fini. En 1974, la compétence est transférée des comtés aux LVLO (Local Vehicle Licensing Office) ou aux VRO (Vehicle Registration Office), tous deux dépendants de la DVLA (Driver and Vehicle Licensing Agency), un organisme centralisé.

De ce fait, certains indicatifs disparaissent (ils sont rattachés à l’agence et non plus au secteur géographique), et d’autres sont déplacés. On vous avait dit que c’était compliqué !

Mais maintenant, vous pouvez décrypter les plaques du Saint ou de Chapeau Melon et Bottes de Cuir sans sourciller.

Remise à zéro dans les années 80

Une fois encore, il n’y a plus de combinaisons disponibles. Cette fois-ci, on inverse tout. La lettre d’année commence la numérotation. Elle est suivie de deux ou trois chiffres et de trois lettres.

Simple, enfin presque. Depuis le début les lettres I, O, Q, U et Z ont été évitées pour ne pas créer la confusion avec d’autres caractères. Mais avec le nouveau système mis en place, la DVLA utilise la lettre Q pour enregistrer des voitures au traçage incertain, comme les kits cars, les véhicules importés ou… volés.

Crainte d’y manquer, le changement d’immatriculation au premier août initié dans les années 60 a juste décalé le problème au milieu de l’année, au lieu de la fin. A la fin des années 90, décision est prise de changer de lettre 2 fois par an (au premier mars et au premier septembre), histoire d’assurer des ventes plus continues…

Cette Golf a été immatriculée entre le premier août 1989 et le 31 juillet 1990 (G) du côté de Coventry (AC)

Les plaques anglaises modernes, le plus évident, ou presque

Deux, lettres, deux chiffres, trois lettres. C’est celui qu’on croise le plus sur les routes de nos jours. Même si ce nouveau système ne date “que” de 2001, la vitesse de renouvellement du parc automobile anglais fait que le reste a quasiment disparu.

La première lettre correspond à une des 19 agences de la DVLA, la seconde est incrémentée au fur et à mesure (de A à Y, en excluant I et Q, sauf exceptions), les deux chiffres correspondent au semestre de mise en vente (premier semestre = numéro d’année, second semestre = numéro d’année + 50), et les trois dernières lettres sont incrémentées au fur et à mesure.

Cette 9-5 a été immatriculée dans la région de Worcester (V) entre le premier mars et le 31 août 2002 (02)

Voilà, maintenant vous pouvez briller en société en disant que Simon Templar roulait en P1800 de… Ah flûte ! Les plaques personnalisées ! Comme leur nom l’indique, elles sont personnalisées. Moyennant finance (et dans certains cas, BEAUCOUP), vous pouvez acheter une plaque spécifique, ou conserver la plaque d’un véhicule précédent. N’en jetez plus, j’abandonne !

PS: si vous vous sentez l’âme d’une Sherlock Holmes en herbe, cette page Wikipédia peut grandement vous aider.

Pierre

Tombé dans la marmite automobile dès le plus jeune âge, cela fait maintenant quelques années que j'essaie de partager mes expériences et connaissances sur internet. Les Flous du Volant me permettent d'aborder des sujets un peu plus transversaux que les sujets que je couvre auprès de certains confrères.

4 réflexions sur “Le secret des plaques anglaises

  • 10 avril 2020 à 12 h 32 min
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    Jusqu’à ce jour je n’avais jamais eu d’explication rationnelle sur le sujet même auprès d’amis anglais. Je me rends compte que c’est une usine à gaz et j’ai bien fait de ne pas perdre du temps là-dessus . Chapeau bas pour les détails. Je vais imprimer cette explication. Merci.

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    • 10 avril 2020 à 12 h 34 min
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      Vivant là-bas depuis 4 ans, personne n’avait vraiment été dans la possibilité de me donner une explication claire, juste pour les chiffres sur le système moderne, et les lettres d’années. Vu qu’on a le temps aussi de ce côté de la Manche, c’était le moment de creuser, mais je ne pensais pas tomber sur un sketch des Monty Python !

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  • 11 avril 2020 à 12 h 27 min
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    Je crois la connaître, cette 9-5…

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    • 11 avril 2020 à 15 h 42 min
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      Effectivement, mais en même temps, j’allais pas m’emmerder à en chercher une autre pour la période, hahaha

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