Le V8 McLaren n’existe pas

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L’histoire de McLaren est beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine. On a parlé des deux entités portant le même nom, pourtant bien distinctes. Cette fois-ci, penchons nous sur le V8 McLaren qui équipe les modèles de route, depuis la MP4/12-C, dont l’origine se situe tout sauf en Angleterre.

Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais McLaren ne produit pas ses moteurs. Comme nous l’évoquions dans notre article dédié à l’autre McLaren, la rumeur veut que lorsque les deux entités se sont séparées, McLaren Engines s’est cantonnée aux moteurs, et le McLaren que nous connaissons tous, lui, s’est cantonné aux chassis.

Ricardo, le maitre d’oeuvre du V8 McLaren

McLaren a missionné Ricardo pour le développement de ses moteurs. Toutefois, ce n’est pas la première fois que les deux entreprises coopèrent, en quelque sorte. Lors du développement de la F1, McLaren avait fait appel à FF Developments (à l’origine de la seule F1 à quatre roues motrices) pour concevoir la boite de vitesse de celle qui allait devenir la supercar la plus rapide du monde (à l’époque). FF Developments sera rachetée par Ricardo en 1994, et continuera à fournir la marque de Woking jusqu’à la fin de la production de la F1.

Si le nom vous est inconnu, ce n’est pourtant pas un nouveau venu dans le milieu automobile. En effet, l’entreprise a plus d’un siècle et, plus impressionnant encore, un de ses brevets a propulsé une énorme partie de la population mondiale jusqu’à l’aune du XXIe siècle !

Ricardo est à l’origine de nombreux brevets et a participé à de nombreux projets avec multiples constructeurs allant de Rolls-Royce à McLaren, en passant par GM ou Ferrari. Leur plus grand “fait d’armes”, que nous évoquions il y a un instant reste la culasse Comet dédiée aux moteurs Diesel. Cette dernière, créée en 1931, permet de régler de nombreux soucis liés à ce type de moteur, notamment les soucis de démarrage à froid, tout en augmentant le rendement mécanique, entrainant une puissance plus importante et baisse de consommation.



Cette culasse équipera rapidement, les poids lourds, et sera même présente sur la première voiture de série équipée d’un moteur diesel, la Citroën Rosalie. C’est cette licence qui assurera la stabilité financière de Ricardo jusqu’à l’arrivée de l’injection directe en grande série, presque 70 ans plus tard.

Mais je m’égare, revenons à nos moutons.

Des origines pas vraiment anglaises

Si on se penche un peu sur le V8 McLaren, on retrouve un autre acteur britannique, TWR. En effet, Woking a racheté les droits d’un V8 Biturbo de 3.5 litres de cylindrée. En y regardant de plus près, ce moteur est celui… de la Nissan R390 GT1. Ironie de l’histoire, cette dernière a couru contre la McLaren F1 lors de la saison 1997 du championnat FIA-GT.

C’est donc en théorie un moteur vieux de 15 ans (pardon, 14, restons précis) qui s’est glissé sous les jupes galbées de la MP4-12C. Presque. En réalité le moteur de la 390GT1, de son petit nom VRH35L, est une évolution du VRH35, lancé sur la Nissan R89C, en 1989. La modernité de la machine en prend un sérieux coup.

Cependant, si la critique est aisée, il faut tout de même avouer une chose : le M838T (ou ses versions plus récentes M840T) ne partage avec ses prédécesseurs qu’une seule chose, l’angle d’ouverture du V. Tout le reste a été retravaillé en profondeur par les ingénieurs de Ricardo et McLaren.

Une belle carrière

On peut supposer que le V8 McLaren est un moteur bien né, puisque cela fait maintenant plus de dix ans qu’il est au catalogue, sous différentes configurations. Il aura équipé toutes les McLaren depuis 2011, de la “petite” 540C, à la Senna, en passant par la MP4-12C ou encore la P1. Rajoutez à cela les quelques décennies précédentes en tant que moteur Nissan, et il réussit à être sur le devant de la scène depuis plus de trente ans. Beau score !

Crédits images : McLaren, ResearchGate, Car and Driver

Pierre

Tombé dans la marmite automobile dès le plus jeune âge, cela fait maintenant quelques années que j'essaie de partager mes expériences et connaissances sur internet. Les Flous du Volant me permettent d'aborder des sujets un peu plus transversaux que les sujets que je couvre auprès de certains confrères.

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