Volkswagen Routan, non je ne suis pas dyslexique !

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Au début des années 2000, le groupe Volkswagen fait feu de tout bois. Il s’agit de s’étendre partout, sur tout les segments. L’un des résultats étranges de cette démarche est le Volkswagen Routan.

La folie des grandeurs

Sous l’impulsion de Bernd Pischetsrieder, arrivé comme PDG en 2002, le groupe Volkswagen s’étend de manière exponentielle. Les gammes sont élargies dans toutes les marques du groupe, et certains marchés laissés de côté jusqu’alors se voient à nouveau étendus. Dans cette optique, la marque de Wolfsburg fait fort sur le marché Nord-Américain. Après un certain recul, notamment du fait de l’interruption de la Jetta (alors notre Vento), il s’agit maintenant de reprendre les parts de marché perdues et d’aller plus loin encore.

Les choses vont vite, la Jetta (cette fois-ci, notre Bora) revient sur le marché en 2004, l’Eos arrive en 2006 et le Scirocco en 2008. De quoi largement grignoter quelques bouts de terrain ici ou là. Cependant, il reste un vide, VW n’est plus présent sur le terrain des minivans, ayant décidé de ne pas exporter le Transporter T5 vers les USA, laissant l’Eurovan (le nom de notre T4 là-bas) sans descendance.

Une affaire de famille

Même si les versions civiles ne sont pas impactées par la chicken tax, adapter le Transporter au marché US n’est pas à l’ordre du jour (ses ventes ont toujours été confidentielles là-bas). Le Sharan n’a pas droit de cité en Amérique du Nord, du fait des accords signés avec Ford, et son petit gabarit n’est pas adapté. Il faut trouver une solution. C’est là que le nouveau PDG de la marque Volkswagen, Wolfgang Bernhard, entre en scène.

Arrivé à Wolfsburg en 2005, le bon Wolfgang est en réalité un transfuge de Daimler. Il entre donc en contact avec ses anciens collègues et boucle un accord en seulement quelques semaines. C’est Chrysler (n’oubliez pas, à l’époque, c’est Daimler-Chrysler, pas FCA, et encore moins Stellantis) qui produira le Routan, dans l’usine de Windsor qui produit déjà les Chrysler Town & Country, Dodge Grand Caravan et Ram C/V Tradesman, la version cargo de l’engin. L’affaire est rondement menée, et pour cause ! Bernhard n’est autre que l’ancien responsable des opérations de Chrysler.

La théorie de l’échec

Entre 2005 et 2008, début de la production du Routan, il va se passer énormément de choses. Et vous allez voir, ça ne présage pas grand chose de bon. En 2006, Ford arrête la production du Freestar et quitte le segment, du fait de l’érosion des ventes. En 2007, Wolfgang Bernhard se fait débarquer par Ferdinand Piëch, le grand gourou du groupe VW. Quelques semaines plus tard, Chrysler arrête la production des versions courtes de son minivan. Le premier Routan n’a pas encore quitté les chaines d’assemblage que ça sent déjà le sapin. Mieux encore, au moment des premières livraisons, c’est GM qui se retire du segment, faute de ventes.

26,7 contre 1. C’est la ratio des ventes entre les monospaces Chrysler/Dodge et le Routan. Le résultat est sans appel et n’a pourtant rien de surprenant. Même si la face avant et l’arrière sont suffisamment revus pour faire illusion au moins une dizaine de secondes, le reste creuse la tombe du Routant en deux leçons. S’il offre un suspension plus « européenne » (entendez par là, qui ne se vautre pas à la moindre courbe) et un intérieur plus haut de gamme, il abandonne le système Stow’n’Go de ses homologues « américains » qui permet d’escamoter les deux rangées de sièges passagers dans le plancher. Ajoutez à cela les antédiluviennes motorisations V6 venant tout droit du Pentastar, et le Routan offre peu d’avantages, surtout quand la bête est facturée 35% plus cher !

Dès 2009, VW demande a Chrysler de réduire la cadence de production, car les stocks sont impossibles à écouler. La branche américaine de Volkswagen a des sueurs froides, les accords signés les obligent à bouffer du Routan jusqu’en 2014. Ca ne va pas être simple ! Et clairement, ça ne l’a pas été puisque, malgré un arrêt de la production en 2012, laissant l’usine tourner pour produire 2500 Routan réservés à des flottes, il faudra attendre le troisième trimestre 2014 pour que le dernier modèle en stock soit vendu à un particulier.

Crédits photo : Chrysler, Volkswagen, MotorTrend

Pierre

Tombé dans la marmite automobile dès le plus jeune âge, cela fait maintenant quelques années que j'essaie de partager mes expériences et connaissances sur internet. Les Flous du Volant me permettent d'aborder des sujets un peu plus transversaux que les sujets que je couvre auprès de certains confrères.

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