Sécurité Routière : Peut-on suivre le « modèle » anglais ?

C’est un des arguments les plus récurrents face aux dernières modifications à venir concernant la Sécurité Routière en France. Les Anglais ont moins de radars, ils roulent plus vite sur le réseau secondaire, et pourtant ils ont moins de morts sur leurs routes. Serait-ce donc l’exemple à suivre ? Malheureusement, bien que ces deux arguments soient parfaitement vrais, ils s’intègrent à un système bien plus large, qui lui ne fait pas forcément rêver l’automobiliste français. Prenons le temps de nous pencher sur la Sécurité Routière anglaise, l’occasion pour certains de grandement déchanter à son sujet.

Le permis à points existe aussi de l’autre côté de la Manche.

Eh non, le permis à points n’est pas une « exception française » (pour reprendre la formule consacrée), mais comme pour leur sens de circulation, il fonctionne à l’opposé. En effet, au lieu de perdre vos points, vous les cumulez. Et au-delà de perdre votre permis lorsque vous atteignez douze points, ce qui ne le rendrait pas si différent du système français, il faut ajouter deux éléments non négligeables. Tout d’abord, lorsque vous atteignez 6 points en un an, vous risquez d’écoper d’une suspension temporaire de permis, dont la durée varie selon comment vous en êtes arrivé à cumuler six points, et surtout, le bon vouloir du juge qui statue sur votre cas. D’autre part, le nombre de points sur votre permis a un impact direct sur votre prime d’assurance, plus vous prenez de points, plus votre assureur vous facturera cher votre assurance auto, même si vous ne déclarez aucun sinistre.

Moins de radars, mais attention aux amendes.

Oui, c’est un fait établi, après avoir été un des premiers pays de l’UE à recourir aux radars automatiques, le Royaume-Uni a grandement réduit la voilure sur le sujet, car les coûts de fonctionnement dépassaient leur rentabilité économique. Toutefois ils n’ont pas complètement disparus, ils sont même légion sur les autoroutes à vitesse adaptative, à l’approche des grandes agglomérations. De la même façon, vous ne verrez pas une seule zone de travaux sur un axe majeur sans sa panoplie de radars tronçon. Enfin, les contrôles volants sont monnaie courante, à la différence près qu’il faut le vouloir pour ne pas voir la voiture (bien souvent un SUV) recouverte de ses surfaces jaune fluo.

La livrée discrète des « traffic officers », tant pour le policier que pour le véhicule.

En revanche, en ce qui concerne les amendes, vous allez monter au plafond. La « prix d’appel » est fixé à 500 livres (défaut de ceinture, circuler à vélo sur le trottoir) et la majeure partie des infractions « moyennes » écopent d’une contredanse de 1000 livres (excès de vitesse, défaut de MOT, l’équivalent de notre contrôle technique, etc.). Enfin les infractions les plus lourdes voient les points cumulés allant de 3 à 11, une suspension immédiate du permis, voire des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 14 ans. Toujours le paradis ? Vraiment ? Si vous voulez en savoir plus, je vous laisse consulter la liste des peines sur le site du DVLA.

Des infrastructures aux standards inférieurs.

C’est un contre-argument que l’on entend beaucoup, s’il y a des accidents, c’est également du à la qualité du réseau routier. Pourtant, de ce point de vue, le Royaume-Uni est bien en deçà des standards français. Que ce soit en terme de revêtement ou de visibilité sur les routes secondaires, la perfide Albion met les nerfs des continentaux à rude épreuve. Toutefois, malgré une densité de circulation deux fois supérieure (parc automobile équivalent pour un réseau routier dont la longueur représente 50% du réseau français), il y a deux fois moins de morts sur les routes, et de la même façon, moins d’accidents corporels (en France comme au Royaume-Uni, les chiffres disponibles sont les accidents déclarés aux autorités, donc potentiellement en dessous de la vérité).

Les routes de campagne de ce genre sont légion au Royaume-Uni, admirez la visibilité et l’espace de dégagement.

A l’opposé, comme évoqué plus tôt, le réseau autoroutier est quasi systématiquement à vitesse variable à l’approche des grandes agglomérations afin de fluidifier le trafic. De ce point de vue, la logique a été poussée bien plus loin qu’autour de Paris. Il faut d’ailleurs avouer que si l’on s’y tient, leur efficacité est redoutable. Pour faire le trajet jusque Londres quelques fois dans l’année, je ne me retrouve à l’arrêt qu’une fois arrivé dans la capitale, mais quasiment jamais sur l’autoroute qui m’y amène.

Autre détail non négligeable, pour la pérennité de votre voiture, le salage. Les routes sont recouvertes d’un mélange sel/sable qui évite de manière plutôt efficace la formation de verglas entre 3 et 6 mois par an, suivant les latitudes. Malheureusement, c’est une catastrophe en matière de corrosion des châssis.

L’alcool, retour 30 ans en arrière

C’est peut-être l’aspect le plus contradictoire pour un français. L’alcoolémie autorisée au Royaume-Uni est fixée à 0.8 g/l, un seuil que la France avait fixé en 1983, avant de le faire tomber à 0.5 g/l en 1995. Là encore, les amendes sont lourdes, 2500 livres si on ne fait que dépasser la limite à cause d’une pinte un peu trop remplie, et si on est la cause d’un accident, là… je vous laisse retourner au tableau mentionné plus haut.

La contradiction ne s’arrête pas là. Même si, logiquement, le nombre d’accidents où trop d’alcool est présent est inférieur par rapport à la France, les Anglais sont des fervents utilisateurs du taxi ou de la béhème-double-pieds à la sortie du pub.

La priorité ? Quelle priorité ?

C’est probablement la différence dans le code de la route qui m’a laissé le plus perplexe. Sauf indication contraire (stop ou cédez-le-passage), il n’y a pas de priorité dans un carrefour non signalisé. Le Highway Code stipule que, dans ce cas, « les règles de courtoisie permettant de faciliter la circulation s’appliquent« . C’est pour le moins abscons, et pourtant, au quotidien, cela fait preuve d’une efficacité redoutable. Les gens appliquent presque systématiquement le « un sur deux » lorsque le traffic est dense, assurant une fluidité que l’on ne connaîtra probablement jamais dans l’hexagone.

Une vraie politique de Sécurité Routière

C’est peut-être là la plus grosse différence avec la France. La politique est plus préventive que purement répressive. Les petits excès de vitesses ne sont pas sanctionnés par une perte de points, par exemple. Mieux encore, si vous vous faites attraper par un traffic officer, si c’est la première fois, on vous laisse le choix, un stage de sensibilisation à la sécurité routière, ou l’amende. Et, cerise sur le gateau, le stage n’est pas payant. Bref, on est aux antipodes du système français sur le sujet.

Une maréchaussée au contact du public

En dehors des salons, il n’est pas un événement automobile sans policier. Toutefois, il n’est pas tant question de jouer les gardes-chiourne (même si, par essence, cela calme les ardeurs) que de venir au contact du public.

Il n’est pas rare de croiser des véhicules retirés du service lors de rassemblements, accompagnés de policiers, eux, bien réels

 

Pour résumer, la Sécurité Routière anglaise est un ensemble bien complexe à apprivoiser, pour nous les « fromages qui puent ». C’est un subtil mélange entre peines très lourdes, portefeuille directement visé, mais une véritable communication avec la maréchaussée et surtout une véritable volonté de sensibilisation, avant de passer à la case répression. Malheureusement, avec l’automatisation des contrôles, sans réel contact avec les forces de l’ordre, la France a pris une direction qui déshumanise complètement la démarche. Hors, sans communication, il ne peut y avoir de sensibilisation. Je me souviens de mes jeunes années en tant que conducteur (il n’y a que 15 ans, pourtant). Un rappel à l’ordre par un officier conciliant était de fait bien plus percutant qu’une amende reçue dans la boite aux lettres. Mieux encore, cela donnait à nos gendarmes et policiers l’image d’ « anges de la route ». Aujourd’hui, avec un système devenu non permissif, ils nous semblent bien déchus…

 

 

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