Grand Prix Legends, du sang et des larmes

Il existe des jeux qui vous frustrent toute votre vie, et pourtant vous ne pouvez vous en passer. Grand Prix Legends est probablement celui qui m’a le plus fait souffrir en tant que joueur, et pourtant, presque vingt ans après sa sortie, le plaisir est toujours là.

Tout commence en octobre 1998, Papyrus Design commercialise alors son dernier bébé, Grand Prix Legends. Le développeur est loin d’être un inconnu sur le marché de la simulation auto, proposant déjà les séries IndyCar Racing et NASCAR Racing, acclamées pour leur réalisme (oui, même sous MS-DOS on pouvait parler de réalisme). Ce nouveau titre dénote par rapport au reste de la gamme. Imaginez donc, on quitte les catégories typiquement américaines pour s’attaquer à la F1, ce qui est déjà un bel effort, mais qui plus est, au lieu de s’attaquer aux F1 contemporaines, on court la saison 1967 !

C’est là toute l’originalité de Grand Prix Legends. Le jeu vous replonge dans la dernière saison de F1 « à l’ancienne », sans appuis aérodynamiques, ni sponsors, juste les livrées nationales. Mais ce qui fait sa plus grande force est aussi sa plus grande faiblesse. Le jeu était LA référence de simulation à l’époque, mais… avec des voitures qui adhèrent au bitume aussi bien qu’un pet sur une toile cirée ! Difficile pour un joueur non aguerri de pouvoir y prendre du plaisir, puisque la moindre petite erreur de conduite ou de réglage vous entraîne irrémédiablement hors de la route. Crainte d’y manquer, le jeu était extrêmement gourmand, en terme de ressources matérielles. Et là encore, cela augmentait la frustration des joueurs. Pour alléger la charge mémoire, la grille était amputée des véhicules les plus lents lors des courses… augmentant par la-même la probabilité de finir bon dernier. Toutefois, les développeurs étaient conscients de la situation, le livret de Grand Prix Legends indiquait dans son introduction ; « La première fois que vous concourrez sur un circuit, vous FEREZ un tête à queue et vous CRASHEREZ. C’est parce que, lors d’un premier tour sur Grand Prix Legends, TOUT LE MONDE fait un tête à queue et se crashe. »

Préparez-vous ca vous arrivera souvent

Mais, en dehors de sa difficulté peu progressive, le jeu vous renvoyait dans l’atmosphère de l’époque grâce à des circuits et des voitures parfaitement modélisées (pour l’époque). Et il faut bien avouer que coté sensations, les sueurs froides étaient monnaie courante lorsqu’on s’attaquait à des mythes comme Spa ou le Nürburgring ! Car oui, l’intégralité des circuits de la saison 1967 est là, à un détail près. Le Grand Prix de France ne se court pas sur le circuit Bugatti (faute de droits), mais sur le circuit de Rouen-Les-Essarts qui a accueilli l’épreuve en 1968. A tout prendre, meme si la justesse historique se voit mise en défaut, l’intérêt technique du tracé normand est supérieur au tracé manceau. Au pire, il vous restera toujours Monza, Silverstone ou Monaco pour éprouver votre talent sur des circuits bien connus. Mais l’intérêt de Grand Prix Legends est aussi dans les circuits disponibles. C’est le seul titre où vous pouvez courir à Rouen, comme on l’a déjà évoqué, mais aussi à Kyalami, Mosport ou Zandvoort, des tracés aujourd’hui presque oubliés du grand public.

Du côté des voitures, il y a aussi deux entorses à l’histoire, du fait de l’impossibilité d’obtenir une licence. La Honda RA300 se voit légèrement maquillée et renommée Murasama, et la Cooper T81B se fait renommer Coventry. Mais il reste possible de se glisser au volant des « vraies » de l’époque, comme les Lotus 49, Ferrari 312 ou encore Brabham BT24. Et si vous ne visualisez toujours pas la difficulté de l’exercice de conduite, voici un petit rappel technique. Des caisses à savon de plus de 300 chevaux, pesant entre 500 et 800 kg, montées sur des pneus non radiaux, et freinées par 4 tambours, vous avez dit danseuse ?

Malgré tout, cela, il faut reconnaître à Grand Prix Legends une énorme qualité. C’est l’école du doigté. La moindre interaction avec les freins, le volant ou l’accélérateur s’effectue avec mesure, au risque de partir au tas. Mais bon sang, lorsque vous terminez votre premier (et en général unique, votre concentration étant épuisée) tour de l’enfer vert sans sortir, cela vaut toutes les victoires dans n’importe quel autre jeu. Restera alors à parfaitement connaitre sa voiture et les différents tracés pour pouvoir affronter les autres, car tant virtuels qu’en ligne, les adversaires d’un niveau effarant.

Si le succès commercial n’est pas au rendez-vous (sans être un complet échec), la critique, elle, est unanimement conquise. Je me souviens encore d’un numéro de Sport-Auto de 2002 le plaçant encore comme LA simulation de référence. Et surtout, le jeu (qui offrait l’un des premiers systèmes de courses en ligne, oui monsieur) s’est bâti une communauté impressionnante à l’époque. Cette même communauté apportera tout un tas de corrections et rajouts (des mods pour les intimes) pendant plus de dix ans. Grâce à elle, les circuits non inscrits au championnat du monde, ainsi que les voitures manquantes seront rajoutées, et l’ensemble des graphismes et éléments sonores mis à jour pour toujours plus de réalisme. Et le plus surprenant dans tous cela, c’est qu’il reste encore des irréductibles pour héberger tous ces mods. Pire encore, il est toujours possible de s’inscrire à la saison 2017/2018 de course en ligne , sur un site anglais… La référence on vous dit !

Bien évidemment, face à des mastodontes plus accessibles et plus variés, Gran Turismo en tête, Grand Prix Legends n’a pas franchement marqué le grand public. Toutefois pour les passionnés, il reste encore à ce jour le plus gros défi qu’il leur ait été amené à relever. Et si jamais vous voulez y goûter, il est maintenant rentré dans la catégorie des abandonwares, et donc récupérable gratuitement, mais n’oubliez pas, ce jeu a bientôt vingt ans !

 

Une pensée sur “Grand Prix Legends, du sang et des larmes

  • 21 novembre 2017 à 14 h 56 min
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    Oui, tout à fait d’accord avec l’article. Sublime jeu pour l’époque et durant de longues années mais très dur à jouer ! Le bruitage était bien aussi, je me souviens clairement du son grave du V12 Ferrari.
    J’avais changé de PC pour pouvoir le faire tourner correctement, acheté volant avec retour de force et tutti quanti. J’y ai passé des heures mais la difficulté était quand meme frustrante….aucune place à l’erreur et dès que la voiture (enfin moi quoi) sortait un peu de la trajectoire idéale, c’était tete à queue assuré.

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